Le service de la Sûreté vient de faire une capture intéressante dans la personne d’un escroc émérite nommé Henri Fauchard, cinquante-trois ans, demeurant en garni rue de la Reynie, qui choisissait de préférence ses victimes dans le monde parlementaire.
Voici comment il procédait :
Prenant le nom d’un électeur quelconque du député sur lequel il avait jeté son dévolu ; il se présentait chez ce dernier. Reçu aussitôt, il expliquait qu’il était venu à Paris pour une affaire urgente, que son séjour dans la capitale s’était prolongé au delà du temps qu’il avait à dépenser et qu’il se trouvait à court d’argent. L’entretien se terminait par un emprunt de 25 à 50 francs que rarement le député refusait de consentir à son prétendu électeur.
D’autres fois, quand Fauchard n’était pas certain de pouvoir répondre avec précision aux questions que son interlocuteur pouvait lui poser, il racontait que son fils venait de mourir au Tonkin ou à Madagascar, qu’il s’était rendu au ministère de la Marine pour avoir la confirmation de la nouvelle, qu’il était bien malheureux, et il obtenait ainsi un louis ou deux.
Les agissements de cet individu ayant été signalés à la préfecture de police par plusieurs députés qui avaient réclamé à leurs véritables électeurs l’argent ainsi prêté, des agents de la Sûreté furent chargés de rechercher le filou. Ils le découvrirent dans un hôtel de la rue de La Reynie où, étant pris de boisson, l’autre soir, il s’était vanté de ses exploits.
Une surveillance fut organisée et Fauchard fut arrêté au moment où il venait d’escroquer un louis à un député des Côtes du-Nord.
M. Cochefert, chef de la Sûreté, l’a envoyé au Dépôt.
Le Matin — 3 avril 1897










