
Nous recevons de nouveaux renseignements sur l’épouvantable catastrophe, annoncée hier, qui plonge dans le deuil les populations maritimes de la région de Saint-Malo.
Le Vaillant, capitaine Pierre, avait quitté ce port le 8 mars dernier, avec 73 hommes à bord. C’est dans la nuit du 14 avril que le brick-goëlette français a rencontré un iceberg sur le grand banc de Terre-Neuve. Le choc fut terrible.
Plusieurs hommes de l’équipage, qui se trouvaient, à ce moment, dans l’intérieur du navire, furent immédiatement noyés, l’eau y ayant pénétré avec une grande force ; d’autres, qui se trouvaient sur le pont, furent tués par des pièces détachées de la mature.
Le navire résista, pendant un certain temps, après le choc. On mit les canots à la mer ; mais ils ne purent contenir la totalité des hommes de l’équipage, qui étaient au nombre de 73.
Autant qu’on le sache, un canot seulement, la Dory, avec sept hommes à bord, a réussi à s’éloigner du navire. La Dory a navigué pendant cinq jours. Le froid était intense. Il n’y avait pas de provisions dans le canot et trois d’entre les sept hommes succombèrent à la faim et au froid.
Les quatre autres, nous l’avons dit, sont, restés en vie en se nourrissant de la chair d’un de leurs camarades morts. Au moment où ils ont été retrouvés par le Victor-Eugene, les quatre survivants souffraient horriblement ayant les membres gelés. On a dû amputer chacun d’eux soit d’un bras, soit d’une jambe.
On croit que tous les autres hommes du navire Vaillant ont péri, ce qui, avec les trois morts de la Dory, ferait 69 morts.
Le Journal — 30 avril 1897
Les informations en possession du Journal étaient encore approximatives comme la suite le montrera (note de l’éditeur).










