La calvitie vulgaire, la calvitie des chauves, est décidément l’œuvre de ces perfides microbes, que l‘on retrouve partout, dans les choses fâcheuses qui s’abattent sur la pauvre humanité. Cette nouvelle sera-t-elle agréable ou désagréable aux chauves ? Nous ne savons.
Toujours est-il qu’un de nos jeunes savants, M. Sabouraud, a dépisté ce fallacieux microbe, qui jusqu’à présent s‘était dérobé aux cultures en vase clos, et qu‘il lui a fait révéler tous les secrets de ses perfides menées. Et les procédés de ce microbe sont vraiment faits pour surprendre, car il ne s’agit pas, comme on aurait pu le croire, d’un parasite qui fait son nid dans les bulbes pileux, et qui en amène ainsi la destruction : son action est plus tortueuse ; et l‘on a affaire, non à un assassin, mais à un empoisonneur.
En effet le susdit microbe vit, non dans la racine des cheveux, mais dans les petites glandes dont la fonction est de secréter la naturelle pommade, le sebum, qui sert à les oindre ; et c‘est dans ce lieu de retraite qu‘il distille en toute sécurité un poison spécial, lequel poison est la cause directe de la chute des cheveux.
Pour le prouver, il suffit de cultiver le bacille de la calvitie en un bouillon, puis de débarrasser ce bouillon de ses microbes par la filtration. En injectant alors le liquide filtré sous la peau du lapin le plus angora qui soit, on transforme rapidement et à coup sur la pauvre bête en une informe bille de billard.
Maintenant, quelque intéressantes que soient ces recherches, disons, pour ne pas répandre la terreur parmi les hommes chevelus, que tous ne sont pas de bons bouillons de culture pour le microbe empoisonneur, que les dames notamment sont fort rebelles, et qu‘ainsi il reste encore vraisemblablement quelques autres facteurs à déterminer avant de savoir complètement pourquoi on devient chauve.
L’Illustration — 3 avril 1897










