M. Pierre Sollinger habitant 18 bis rue du Rhin, était, il y a quelques jours encore, chef cantonnier de la ville de Paris. Ses chefs, MM. Paul Hervé, conducteur des ponts et chaussées, et Louis Fleury, piqueur de la Ville, avaient, depuis quelque temps déjà, à se plaindre de son inexactitude et résolurent de sévir, et, sur un rapport de M. Paul Hervé, le chef cantonnier fut révoqué.
Sollinger jura de se venger et se plaignit partout d’être la victime d’une injustice insigne. Il était, d’ailleurs, du fait de sa révocation, réduit à la misère, à soixante-deux ans.
On avertit MM. Paul Hervé et Louis Fleury des menaces que proférait contre eux leur ancien employé. Ils crurent que ce n’étaient là que des fanfaronnades et ne prirent aucune précaution.
Hier, les deux fonctionnaires sortaient ensemble de leurs bureaux, rue de Crimée, 220, lorsque M. Sollinger, qui les attendait, s’avança vers eux, tira de sa poche deux revolvers et, des deux armes, fit feu à plusieurs reprises, à bout portant, sur les deux hommes.
M. Paul Hervé fut atteint en pleine poitrine, du côté du poumon gauche ; il s’affaissa, au milieu d’une mare de sang, tandis que M. Fleury, atteint à l’aisselle gauche, s’enfuyait en criant.
À ses cris, des passants accoururent, .qui s’emparèrent du meurtrier celui-ci, d’ailleurs, ne fit aucune résistance. Il répétait :
— Justice est faite.
Au moment de son arrestation, Sollinger avait sur lui, outre les deux revolvers dont il a fait usage, une canne à épée.
— Si je les avais manqués, a-t-il déclarée je les aurais bien attrapés avec ça.
Les deux blessés ont été transportés à l’hôpital Tenon. L’état de M. Hervé est assez inquiétant la guérison de M. FIeury n’est qu’une affaire de quelques jours.
M. de Selves, préfet de la Seine, s’est rendu, hier, à l’hôpital Tenon, où il a visité ses deux employés blessés.
Le Gaulois — 22 décembre 1897










