
C’est ce pauvre Monselet qui disait qu’on n’a pas été grand-chose tant qu’on n’a pas été bœuf gras. Il croyait ne lancer qu’une boutade ; voilà que ça devient une réalité. Un nouveau cercle vient de se former à Paris, qui a pris le titre suffisamment indicateur, de « Cercle des cent kilos ».
Il n’y a qu’un seul article dans les statuts, mais il est formel ; « Ne pourront faire partie du cercle que les candidats pesant au moins cent kilos. » À 99 kilos, on peut avoir une carte de membre temporaire, mais il faut gagner les deux livres qui manquent pour être reçu définitivement.
Ce cercle est déjà, dit-on, en pleine prospérité. On a trouvé un président dans les deux cents kilos, et le poids léger du cercle va, tout de même, dans les cent cinquante. C’est encore ce qu’on peut appeler un faux maigre.
Ces bons vivants ont décidé de sortir en corps, une ou deux fois l’an, pour faire leur petit effet sur le boulevard. Ils n’ont encore choisi aucune date, mais les jours de grand maigre paraissent dès à présent écartés ; ils ne pourraient se montrer, ces jours-là, qu’avec une dispense du Pape.
Si vous me demandez maintenant à quoi rime ce nouveau cercle, je vous dirai que je n’en sais rien du tout. Il est certain que, dans la vie, les gens obèses n’est ont pas pour leur poids : on tient la maigreur pour distinguée et la corpulence pour ridicule.
Possible qu’à la longue, quelques gros hommes, plus susceptibles que les autres, se soient sentis humiliés et qu’ils aient voulu prendre la place, toute la place qui leur revient au soleil. C’est peut-être là ce qu’on appelle la révolte de la chair !
Le Figaro — 29 janvier 1897










