Le crime d’un sadique
M. Cochefert a continué hier ses recherches pour découvrir l’auteur de l’assassinat de la rue Pierre-le-Grand.
Comme nous l’avons dit, le chef de la sureté ayant trouvé les armoires ouvertes avait conclu que le vol était le mobile, du crime. Si les obligations de la ville de Paris appartenant à la victime n’avaient pas été prises, c’est que l’assassin était un homme prudent et qu’il avait pensé fort justement qu’il n’aurait pu s’en défaire sans se dénoncer.
Mais ces hypothèses raisonnées ne se sont pas confirmées. Elles ont été détruites, hier, par la déposition de M. Tremplier, ingénieur civil, habitant Argent-sur-Sauldre (Cher).
M. Tremplier était l’ami intime de Marie-Joséphine Bigot. S’il venait rarement à Paris, il recevait souvent cette fille chez lui et était au, courant de ses habitudes. En correspondance suivie avec elle, il lui avait écrit plusieurs fois, ces jours-ci, et c’est lui qui, étonné de ne pas recevoir de réponse, était venu à Paris et avait incité la concierge à prévenir la police.
M. Tremplier a fait savoir à M. Cochefert pourquoi les écrins de Marie Bigot étaient vides. Marie Bigot avait vendu naguère ces bijoux à une personne dont on connaît l’adresse.
Si l’assassin a pu s’emparer de quelque argent, ce serait pour faire croire à un assassinat motivé par le vol.
La vérité serait que Marie Bigot recevait des gens détraqués. On suppose que l’un d’eux l’aura assassinée et on va même jusqu’à se demander si cet individu ne serait pas également le meurtrier d’une fille Louise Lamier, assassinée en 1893, rue Saint-Lazare, dans des circonstances presque identiques. Détail bizarre Marie Bigot était l’amie de Louise Lamier.
Marie Bigot affichait des sentiments religieux et allait régulièrement, à la messe. On suppose que l’assassin connaissait cette particularité, car il est avéré qu’il a pris la peine de décrocher un crucifix que la victime avait suspendu au dessus de son lit et de le placer sur le lit même, pensant que le corps y serait étendu.
Les indices qui pourraient mettre sur la trace du coupable continuent à faire défaut.
Nous avons dit que Marie Bigot avait occupé 87, rue de Moscou, un appartement sous le nom de vicomtesse de Balagny. C’était alors une très jolie femme. Elle avait pour ami, nous a déclaré la concierge de l’immeuble, un secrétaire de légation, et fréquentait le Casino de Paris et les Folies-Bergère.
Marie Bigot a demeuré encore pendant plusieurs années, 9, rue Viollet-le-Duc. Elle s’était donnée, rue Viollet-le-Duc et rue Crétet, pour un professeur de langues étrangères et de piano.
Rue Crétet; on avait remarqué parmi ses amis un beau vieillard, officier de la Légion d’honneur, portant des favoris blancs, mais elle recevait aussi des jeunes gens.
La mère de Marie Bigot, veuve d’un employé supérieur de la Compagnie d’Orléans, habitait Orléans. Elle y est morte l’année dernière. C’est à Orléans que Marie Bigot a été élevée.
Le Gaulois — 30 novembre 1897










